Des vies de mémoire : Lanzmann - Veil

Claude Lanzmann est mort le 5 juillet 2018. Pour beaucoup il restera le réalisateur du grand film de la mémoire de l'horreur nazie, "Shoah".

Source et fiche du film : IMBD

Neuf heure et trente minutes de reconstitution historique à travers les témoignages des vivants -- témoins, rescapés, bourreaux. Claude Lanzmann avait choisi de n'utiliser aucune image d'archives. Il lui a fallu douze ans pour mener ses recherches dans le monde entier, rencontrer ses interlocuteurs, filmer et monter la grande "sépulture" du peuple juif (1).

Quelques jours auparavant, Simone Veil est entrée au Panthéon, un an après son décès. Elle avait été la compagne de Lanzmann. Elle avait raconté les camps et son difficile retour de déportation. Une "expérience incommunicable" qui pourtant impose la parole comme "une nécessité, une promesse qu'on a faite et un engagement" (2). Comme lui, elle avait alimenté la réflexion sur le rôle de la mémoire et sur l'importance d'articuler témoignages et Histoire.

Notes :

(1) : On dit de lui qu'il avait "donné au peuple juif la sépulture qui lui manquait" (Didier Sicard).
(2) : Source sonore via France Culture

Les vies de Malcolm X

Commencer sa vie dans l'extrême pauvreté, la drogue et la délinquance, la finir brutalement, haï d'une partie des siens et révéré de l'autre, icône internationaliste de la lutte pour les droits civiques. Il a fallu plus d'une vie à Malcolm X au cours de son existence pour atteindre le statut qui fût le sien lors de son assassinat en 1965.

Militants garveyiste de la première heure, ses parents furent son premier contact avec la cause internationale des noirs durant les années 30. Sa jeunesse sera jalonnée de drames avec la mort mystérieuse de son père alors qu'il n'a que 6 ans et l'internement de sa mère en asile psychiatrique 8 ans plus tard. Il est alors recueilli par un couple blanc et suit une scolarité blanche. C'est la première réinvention de Malcolm décrit dans l'extraordinaire biographie de Manning Marable, "Malcolm X, une vie de réinventions" (disponible à la BU Droit-Lettres-Océan Indien à la cote 327.73 MAR).

Avec une précision chirurgicale, Marable et son équipe retrace semaine après semaine le cheminement de Malcolm des rues de Boston, Chicago, Detroit ou Harlem. De Malcolm Little à "Detroit Red" le petit dealer jusqu'à Malcolm X, leader charismatique et envié de la Nation of Islam (secte hétérodoxe qui prône le séparatisme et le nationalisme noir), prêcheur exceptionnel, travailleur infatigable et visionnaire sur la place des noirs dans la société américaine des années 50-60.

A partir d'archives variées dont les dossiers de surveillance du FBI, Marable n'épargne aucune zone d'ombre de la vie de Malcolm X (sa misogynie, son antisémitisme, son mariage malheureux, ses échecs politiques,...) pour en faire une étude à hauteur d'homme qui ne se laisse pas éblouir par la force du mythe. Marable propose un éclairage nouveau sur la vie d'une figure marquante de la lutte pour les droits civiques, précurseur du Black Power.

C'est aussi de la place des noirs et des droits civiques dont il est question dans l'éblouissant documentaire, "I am not your negro" de Raoul Peck sur l'écrivain James Baldwin, ami proche de Martin Luther King et Malcom X.

Idées de lecture : musique !

Les arts sont présents également dans vos bibliothèques : arts plastiques, cinéma, musique... Aujourd'hui, deux livres de la BU Droit-Lettres sur deux acteurs majeurs de la musique

  • David Bowie :

Né le 8 janvier 1947 à Londres dans le quartier de Brixton (Royaume-Uni) et mort le 10 janvier 2016 à New York dans le quartier de Manhattan (États-Unis), David Bowie est un musicien, chanteur, auteur-compositeur-interprète, producteur de disques, peintre et acteur britannique.

En 2001, il soutient la cause tibétaine en donnant un concert à New York en exprimant un vif intérêt pour le bouddhisme.

Une discographie impressionnante dans le monde artistique telle que la musique, la chanson et le cinéma.

En rayon, retrouvez l'ouvrage : Bowie : l'autre histoire / Patrick Eudeline (Point, 2017)

En ligne vous pouvez visiter le site officiel de Bowie. Ou encore revoir quelques prestations musicales :

  • Leonard Cohen :

Né le 21 septembre 1934 à Westmount et mort le 7 novembre 2016 à Los Angeles, Leonard Cohen est un auteur-compositeur-interprète, musicien, poète, romancier et peintre canadien.

Son premier recueil de poésies paraît à Montréal en 1956 et son premier roman en 1963.

Leonard Cohen s’inspire souvent des mêmes thèmes dans ses chansons : l'amour-passion, la religion, la solitude, la sexualité et la complexité des relations interpersonnelles.

Il a à son actif  une discographie impressionnante et un succès incontournable dans le milieu artistique avec sa voix grave reconnaissable entre tous.

En rayon, retrouvez l'ouvrage : Le livre du désir : book of longing poèmes / Léonard Cohen (Point, 2013).

En ligne, vous pouvez consulter le site officiel de Léonard Cohen.

Billet rédigé en collaboration avec Sylvie Mastagli.

Idées de lecture : Matthieu Ricard

Matthieu Ricard, né en France,  le 15 février 1946 à Aix-les-Bains est docteur en génétique cellulaire, moine bouddhiste tibétain, auteur, traducteur et photographe. En 1967, étudiant en génétique cellulaire, part en Inde, à Darjeeling, pour rencontrer les grands maîtres spirituels tibétains.

Il est le fils du philosophe français Jean-François Ricard dit Revel (essayiste, journaliste et académicien) et de l'artiste peintre Yahne Le Toumelin. Elle s’intéresse dès son plus jeune âge à la philosophie, la spiritualité et à l’ésotérisme.

En 1979, il devient moine et aujourd’hui, il réside au monastère de Shéchèn au Népal.

En 1980, grâce à Dilgo Khyentsé Rinpoché (maître bouddhiste), il rencontre pour la première fois le dalaï-lama, dont il devient l'interprète pour le français à partir de 1989.

L’Université de la Réunion a eu le privilège de le recevoir et d’honorer de sa présence pour y animer une conférence/débat sur l’Altruisme au cours du 1er trimestre 2017.

 

Quelques références à retrouver dans vos BU :

Et aussi :

 

Billet rédigé en collaboration avec Sylvie Mastagli.

Crédit image : Portrait de Matthieu Ricard : CC BY-SA 4.0 Jon Schmidt

 

Lire et écouter Simone Veil

Un hommage possible à Simone Veil est de prendre le temps de la lire ou de la réécouter. Dans les archives sonores en ligne, ou dans les bibliothèques de l'Université de La Réunion vous trouverez notamment ces 6 propositions :


"Une vie". Dans son récit autobiographique paru en 2007 Simone Veil évoque sa jeunesse, son expérience des camps de concentration et ses engagements politiques : femmes, santé, Europe. > Lire un extrait en ligne (éditions Stock)
Un DVD documentaire retrace également son parcours : Simone Veil, Une histoire française (2004)

Droits et santé des femmes. Le vote en 1974 de la loi sur la légalisation de l'avortement, communément appelée Loi Veil, fit l'objet de grands débats, houleux, violents : "Je n'ai jamais ressenti autant de haine, une vraie haine, une haine qui veut tuer", confiera Mme Veil. Il y eut aussi de grands plaidoyers. Dans les archives de Radio France, on peut réentendre le discours de Simone Veil, alors ministre de la santé,  à l'Assemblée Nationale le 26 novembre 1974. Côté cinéma, c'est Emmanuelle Devos qui incarne la politicienne à ce moment clé de l'histoire des femmes dans le film La loi (le combat d'une femme pour toutes les femmes).

source : Internet Archive / Assemblée Nationale

Témoigner. Simone Veil, comme d'autres, a raconté les camps.  "Ce qui est insupportable, c'est de parler et de ne pas être entendu" (archives sonores de Radio France). A l'occasion d'un colloque sur l'histoire de la Shoah (1992), elle confiait avec beaucoup d'humilité ce regard de témoin. Elle rappelait, et c'était l'un des buts du colloque, l'importance d'articuler et faire dialoguer témoignages et Histoire. Tous deux partagent la même quête de réponses "à ce qui demeure largement inimaginable et incompréhensible". Tous deux rencontrent des obstacles : mur de silence, déni, urgence du consensus et de la reconstruction. Ils s'interpénètrent, se complètent, par delà les contradictions inévitables des paroles des survivants. "Le temps des historiens est venu" répétait-elle. Toujours en réflexion, elle s'interrogeait sur l'opportunité d'une loi sanctionnant le négationnisme :

"Y a-t-il lieu d'adopter une démarche de caractère exceptionnel, sans précédent, s'agissant de la Shoah ? La vérité historique doit-elle faire l'objet, en l'espèce, d'une protection juridique particulière?" (Réflexions d'un témoin)

En réponse elle invitait à s'engager dans l'analyse des "formes variées de résurgence de racisme", et dans la défense de la démocratie.

Références et accès :