Stage de découverte à l'UMR PVBMT

Etudiante en troisième année de licence Sciences de la Vie et très intéressée par la botanique, j’ai souhaité réaliser un stage de deux semaines sur le terrain afin d’en apprendre davantage sur les projets menés par l’unité mixe de recherche Peuplements végétaux et bioagresseurs en milieu tropical (UMR PVBMT).

Mon stage a débuté par trois sorties dans la forêt de basse altitude de Mare-longue dans le cadre d'un suivi de dynamique forestière, mené par Dominique Strasberg, enseignant-chercheur. Deux autres personnels de l’université étaient présents également, Claudine Ah Peng (IGE), ma tutrice de stage, et Olivier Flores un enseignant-chercheur, des  personnels du Parc National de la Réunion et de l’ONF. L’objectif était de poursuivre ce suivi qui s’effectue tous les cinq ans. Nous avons travaillé sur un hectare de la zone prévue à cet effet. Nous avons formé des binômes et chaque groupe devait s’occuper d’une dizaine de quadrats de 10 m2. Nous devions mesurer la circonférence de tous les arbres ayant un diamètre supérieur à 4 cm, à l’aide d’un ruban forestier. Pour nous faciliter la tâche et nous éviter d’oublier des individus, nous avions des tableaux sur lesquels tous les arbres étaient répertoriés avec leurs coordonnées GPS et le quadrat dans lequel ils se trouvaient. Ils étaient également tous numérotés (avec le genre et l’espèce sous forme abrégée) par des étiquettes en aluminium. Lorsque des étiquettes étaient absentes, nous devions les changer.

A la fin de ces journées, j’ai récupéré toutes les données relevées sur le terrain pour les digitaliser. Cela va permettre de faciliter l’exploitation des données par les chercheurs et ainsi permettre un véritable suivi.

J’ai passé deux journées sur le terrain avec Pierre André Wagner, chercheur associé à l'équipe 3 de l'UMR pvbmt, pour travailler sur un des projets menés par Claudine Ah Peng : l’étude de l’écologie du Tamarin des hauts – Acacia heterophylla. Cet arbre endémique de la Réunion dont le plus proche parent se situe à Hawaii (Acacia koa), est encore très peu étudié. Nous avons travaillé sur deux zones de l’île, le versant sud-est de la vallée haute de la Rivière des Remparts et la forêt de Bélouve. L’objectif de cette étude est de voir s’il y a de la variabilité intra-spécifique aux niveaux des traits foliaires entre les différents individus le long de trois gradients d'altitude.

Les relevés effectués vont permettre de relier les paramètres entre la composition du sol en nutriments spécifiques, l’ensoleillement, l’utilisation du carbone atmosphérique en fonction de l’altitude et du climat … Les Tamarins ont développé des stratégies pour capturer par exemple l’azote de l’air en créant des nodules, amas de bactéries, sur leurs racines les plus en surface.

Le premier transect que nous avons étudié sur le site du volcan (Rivière des Remparts) suit le sentier. Nous avons effectué des prélèvements de feuilles à deux altitudes différentes : 1920 m et 1720 m. Nous avons tout d’abord mesuré la hauteur maximale de l’individu, la hauteur de la première branche, le diamètre du tronc (avec un mètre forestier), et relevé les coordonnées GPS. Ensuite, nous avons prélevé des feuilles se trouvant les plus en hauteur dans le houppier, donc les plus souvent ensoleillées, à l’aide d’une grande perche métallique. Nous devions regarder l’exposition du houppier à la lumière (Crown Exposition) allant de 1 (peu exposé au soleil) à 5, puis le statut du houppier (Dominant = taille supérieure aux autres individus, Co dominant = hauteur un peu inférieure, Dominé = sous les autres donc peu d’accès à la lumière). Tous nos arbres avaient un CE de 4 et étaient Dominants.

Ensuite, nous avons collecté des données pour faire une estimation des attaques de psylles et du niveau de défoliation. Le psylle est un insecte suceur de la sève de l’arbre, il s’en nourrit et produit du miellat favorisant ainsi la pousse de champignons, la fumagine, visible par le noircissement des tiges et feuilles. Les psylles attaqueraient plus facilement ces arbres qui vivent dans des conditions difficiles : un enracinement compliqué dû aux gros blocs de roche, aux amas de terre contenant beaucoup de fer oxydé (couleur rouille/orangée), empêchant la pousse des racines et l’eau de s’infiltrer correctement, la haute altitude et le sol très en pente. Parfois les arbres avaient perdu beaucoup de feuilles voire même totalement dénudé pour un des individus, nous avons donc échantillonné un arbre voisin. Nous regardions si la fumagine se trouvait sur les tiges principales n-1 puis les plus petites tiges en n, en notant si les traces sont plus ou moins nettes.

Dans ces extraits de feuilles nous en avons gardé de petits échantillons pour les chimistes qui vont faire une analyse RMN, afin d’étudier la composition moléculaire précise des feuilles et donc si elles contiennent plus ou moins de carbone… Pour que les données ne soient pas faussées pour eux, nous avons enveloppé ces échantillons dans du papier aluminium et mis au froid dans une glacière rapidement, en notant la référence sur le papier et avec une étiquette en plus à l’intérieur. Le reste des prélèvements étaient mis dans des petits sacs de congélations hermétiques, avec un peu de coton humidifié à la base coupée pour éviter le dessèchement. Ces derniers extraits serviront à l’étude de surface et de poids foliaires. Au total, nous avons pris des échantillons de 10 arbres déjà identifiés (5 à chaque altitude), et 5 arbres nouveaux (deux à chaque altitude et un en plus en raison du dixième entièrement défolié).

Le deuxième transect que nous avons étudié était situé dans la forêt de Bélouve à une altitude de 1550 m. Nous avons prélevé des feuilles au sommet de sept houppiers différents et seulement pour les échantillons des chimistes. Nous avons étudié la phénologie des feuilles prélevées, c’est-à-dire noter s’il y a de nouvelles pousses, combien de nouvelles feuilles et leur stade de développement, s’il y a des fleurs (mâle ici), si des psylles sont présents …

Nous avons procédé à une analyse de sol au cours de laquelle j’ai rédigé un compte-rendu. C’est l’une des sorties qui m’a le plus plu et étonné durant ce stage. Pour faire cette analyse, Pierre-André a découpé un « pavé » d’environ 20 cm sur 20 cm et d’une hauteur de plus de 30 cm afin de pouvoir observer les différents horizons sédimentaires. Ensuite, nous avons prélevé une partie de l’horizon 4 (gris clair) ; cet échantillon a été mis dans l’étuve du Pôle de Protection des Plantes à 40°C afin qu’il sèche (durée de séchage 48 h). Enfin, nous n’avons pas eu le temps de faire les prélèvements de la forêt de Bébour. Nous avons tout de même pu faire des photos d’un profil de sol et de nouveau une analyse rapide des différents horizons.

Enfin, j’ai participé au projet « Cloud Layer tempErature in Version and vEgetation in La Réunion » (CLEVER, OMNCG) mené par Claudine Ah Peng, avec l’aide de Pierre Stamenoff (technicien de l’OSUR). Ce projet « s’intéresse à caractériser la couche basse des nuages et la couche d’inversion de température à La Réunion, à l'aide d'un ceilomètre mobile. Cette caractérisation de la couche nuageuse sera mise en lien avec les différents types de végétations d'un transect altitudinal dans l'Est de l'île et également avec le bassin versant SOERE de la Plaine des Fougères (ERORUN). Nous nous sommes rendus à la plaine des fougères pour récupérer les informations enregistrées par une station météo, placée à découvert. Nous sommes allés dans la forêt à l’endroit où est installé le matériel de travail servant à connaître la quantité d’eau venant des nuages captée par différentes espèces de mousses. Une petite table basse est posée sur le sol, sur laquelle sont posées trois petites balances (lysimètres) dont un témoin au centre et sur les deux autres sont posées des échantillons de bryophytes. Nous avons récupéré chacun des échantillons d'hépatiques, ils vont être pesés après avoir été gorgés d’eau, puis séchés et re-pesés afin de connaitre le poids frais et sec de chacune des colonies. Cela pourra permettre d’avoir un véritable suivi et d’en connaître davantage sur leur capacité de rétention d’eau sous forme de vapeur. Pour ne prendre en compte que l’eau provenant des nuages, la table est recouverte d’une bâche en plastique qui évite la pluie de tomber dans cette zone. Puis nous avons prélevé de nouveaux échantillons de mousses de deux espèces différentes pour les reposer respectivement sur chacune des balances. Cette manipulation se fait une fois par mois.

En complément des sorties terrain, j’ai digitalisé les informations contenues dans le livret d’Identification des bois de l’île de la Réunion. J’ai répertorié 70 bois dans un tableau en fonction d’environ 48 caractères (traits) clés macro- et microscopiques. Ce travail va permettre une utilisation bien plus simple de ces données pour de futures études.

Ce stage au sein de l’équipe qui travaille sur les Dynamiques écologiques en milieu insulaire de l’UMR PVBMT, m’a beaucoup plu. J’ai rencontré des personnes passionnées et j’ai été très bien accueillie. Cette expérience a confirmé mon envie de faire de la Recherche mon métier et, pour cela, de poursuivre mes études en master spécialisé sur la biodiversité végétale à Montpellier.

Louise Guérot

L3, Université de La Réunion