8 Mars, une journée au pluriel

L'une des victoires que l'on peut souhaiter à la Journée des femmes, c'est qu'enfin, en France, on l'appelle Journée des Femmes. Partout - dans les médias, comme sur les lieux de travail, dans les boutiques comme dans les espaces publics.

Parce que "la" femme, essentialiste et réductrice, facilite les opérations de communication à bas coût dans les médias et les commerces : hommages à "la" femme (douce, militante, aimante, combative), homélies "femmes je vous aime", etc. Pourtant, cette journée est tout de même un peu plus que des histoires d'exception, de roses et de rouges à lèvres... non ?

Justement, le site 8mars.info nous rassure sur le sujet et revient sur l'histoire internationale (et ouvrière) de cette journée, et sur ce fameux pluriel qui semble avoir tant de mal à passer dans nos usages français :

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Un symbole : en anglais, l'ONU communique bien sur le Women's Day (pluriel donc). Le site web français de l'ONU le traduit bien désormais aussi en Journée internationale des Femmes... mais les métadonnées qui apparaissent dans les moteurs de recherche, elles, sont encore au singulier!

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Résultats d'une recherche sur Qwant le 28/02/2017

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Pourtant, sur la page "Comment dit-on ? Au pluriel, voilà pourquoi", on y découvre :

"Depuis 2016 le Comité ONU Femmes France s’engage à mener une campagne active pour que ces mauvaises traductions soient corrigées".

Une volonté louable de l'ONU qui illustre l'importance de bien nommer cette journée. Mais, le diable se nichant (aussi) dans les détails, il reste du travail...!

Parce que les mots sont importants. Pour se convaincre du pouvoir des mots et de leur incidence dans les représentations sociales collectives et individuelles, on peut mettre à profit ces quelques lectures disponibles dans les bibliothèques de l'Université. Les chercheurs en sciences sociales investissent le champ linguistique depuis des années pour mettre à jour les relations de pouvoir et les biais psychologiques et sociaux induits par le choix des mots.

Parce que l'histoire (et le choix de la date) importe aussi. Dans une même perspective, on peut citer ce numéro de la revue Travail, Genre et Sociétés,  disponible en ligne sur Cairn, qui affirme "Le genre masculin n'est pas neutre".

Dans l'article intitulé "Journée internationale des femmes : à la poursuite d’un mythe" la chercheuse Françoise Picq propose un retour historique sur la journée internationale des femmes, qui a connu diverses évolutions, au gré des groupes qui ont porté cette journée mondiale, du monde ouvrier aux féministes des années 70s. C'est justement lorsque des féministes "en quête de leur histoire" prospectent sur les origines de cette journée mondiale que l'on découvre qu'il n'existe finalement guère de traces des fameuses grèves de couturières new-yorkaises en lutte pour leurs conditions de travail le 8 mars 1857. Par ses résultats inattendus, cette recherche des origines ouvre la voie à d'autres questionnements :

"Commémorer le combat d’ouvrières pour leurs conditions de travail, n’était-ce pas privilégier une version féminine de la lutte des classes et exclure d’autres aspects de la lutte des femmes, d’autres revendications. Mobilisations féministes pour les droits civils et civiques, pour le droit à l’instruction et l’ouverture aux femmes des professions qualifiées ; mais aussi défense du droit au travail des ouvrières, y compris contre les ouvriers ligués contre elles ?"

Cela étant dit, on peut passer à l'essentiel : s'intéresser aux droits des femmes, aux leviers d'action pour donner du pouvoir aux femmes (empowerment) et valoriser les actions déjà passées et les figures motivantes et décomplexantes : l'Université de La Réunion (dont vos BU) vous en parle toute la semaine !

A retrouver sur notre blog :

Bonne journée du 8 mars à toutes et tous!

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