Nature rend accessibles tous ses articles... faut-il vraiment s'en réjouir ?

Nature-journalLe groupe MacMillan qui édite Nature, la plus prestigieuse revue scientifique ainsi que 48 autres titres de très haut niveau, a annoncé le 2 décembre que tous les articles scientifiques de ses revues devenaient "accessibles à la lecture" (free-to-read), puis devant la confusion suscitée par les termes, ils ont renommés leur opération "Partage en lecture seule" (Read-only sharing).

Formidable nouvelle au moment où le mouvement du libre accès à l'information scientifique prend de l'ampleur. Mais en regardant d'un peu plus près, on remarque que les conditions d'accès à ces articles sont drastiquement contrôlées, le "partage" promis par Nature a un véritable coût en terme d'usage !

La lecture des articles devra se faire via un outil propriétaire qui empêchera le lecteur de télécharger, imprimer ou copier/coller le contenu de la publication. Ces verrous électroniques (ou DRM pour Digital Rights Management) rendent également impossible la lecture par les utilisateurs déficients visuels, par les machines (text-mining) ou sur support mobile.

Mais le contrôle ne se limite pas à la lecture, il concerne aussi la diffusion des articles "libérés". Seuls quelques journalistes et blogueurs triés sur le volet ainsi que les institutions abonnées aux revues Nature pourront générer et diffuser un lien VIP menant à ces articles.

Or, comme avec les autres revues scientifiques, les auteurs et lecteurs de Nature se partagent déjà les pdf des publications, plus ou moins directement, plus ou moins discrètement. Nature tente de reprendre le contrôle sur le partage de l'information scientifique en imposant son logiciel bourré de DRM et ainsi savoir qui partage, qui lit, quand, où, quoi, en combien de temps, etc.
Preuve de l'inefficacité des dispositifs de verrouillage du partage, des tentatives de contournement émergent déjà.

Comme le déplore Peter Murray-Rust (chimiste à l'Université de Cambridge) sur son blog, nous sommes peut-être en train d'assister à l'Apple-isation de la communication scientifique dans le sens où tous les maillons de la chaîne éditoriale risquent d'être contrôlés par le propriétaire de la plateforme de diffusion. Même la liberté de la lecture.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *